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Les Anniversaires

SOUVIENS-TOI

Lors du 1er N° de notre journal «Le P.G.», en 1950 Frédérique BASTIDE ( il n´était pas encore président ) écrivait :

"Le P.G. du Cantal" vient de naître,
C´est sous le signe du souvenir et du patrimoine que nous placerons ce premier numéro

C´est avec l´espoir que, vous tous camarades, n´avez pas oubliéle temps des barbelés, que nous lui souhaitons bon départ, prospérité et longue vie.

Ceux qui ont créé ce journal et ont contribué à sa rédaction prouvent bien ainsi qu´ils se rappellent:

Pouquoi, toi frère connu ou inconnu,mais frère de la même misère, aurais-tu la mémoire plus courte? Faut-il remémorer ces souvenirs qui sont les nôtres?

SOUVIENS-TOI de tout ce qui nous fut commun, de tout de ce que nous ressentîmes ensemble,

SOUVIENS-TOI des routes des Vosges, des Flandres, du Rhin ou de Dunkerque, où pieds saignants et corps rompus, tu cheminais à mes côtés, loque errante, baïonnette dans les reins, vers ton affreux destin,

SOUVIENS-TOI de la vieille boite en fer blanc dans laquelle, à Sarreguemines, tremblants de fièvre, nous partageâmes une gorgée d´eau croupie,

SOUVIENS-TOI de ce morceau de pain moisi, découvert dans une cave, que nous rompîmes en quatre à Lunéville

SOUVIENS-TOI du wagon infect où, pendant trois jours et trois nuits, nous croupîmes dans nos ordures

SOUVIENS-TOI de la tondeuse qui, après des milliers d´autres, laissa ton crâne comme le mien, nu, impudique et comique

SOUVIENS-TOI de cette photo "Nummer" au cou, qui nous consacra définitivement "matricule" et nous arracha toute personnalité

SOUVIENS-TOI des longs "appels", dans la neige, où le même froid glaçait nos veines

SOUVIENS-TOI des heures noires : fouilles - épouillage - interrogatoire - chantiers disciplinaires ···

MAIS,

SOUVIENS-TOI aussi des heures claires : la lettre - le colis - les confidences - le théatre

SOUVIENS-TOI aussi des heures glorieuses : la grève des bras croisés - tous nos petits sabotages - l´aide aux évadés : notre résistance à nous

SOUVIENS-TOI aussi des heures d´amour fraternel que tu m´as portées lorsque je suis tombé d´épuisement sur la route de Dieuze; j´ai partagé avec toi mon premier colis, d´autres ont séché tes pleurs lorsque tu as appris la mort de ton vieux père

SOUVIENS-TOI aussi qu´un jour tu revis la FRANCE, la France que tu ne connus vraiment qu´en exil. Je sais qu´en ce jour du retour ta poitrine te semble trop petite pour maîtriser les battements de ton coeur. Je sais que ce moment là est inoubliable

Non ? Tu ne te souviens pas de toutes ces choses ? ?

Mais si, voyons, et il suffit que je te les rapelle pour que tu deviennes meilleur, plus fraternel; pour que tu te rapproches de nous qui sommes les gardiens de tous ces souvenirs.

Et c´est au regard de tout ce patrimoine commun que je te dis : reste avec nous :
sois fidèle.

SOUVIENS-TOI

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