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5ème Témoignage

Mr G. T. fait prisonnier à Dunkerque

M. T est né près de Saint-Jacques des Blats. Il est le septième enfant d’une fratrie qui en comptera neuf. La famille va louer une exploitation vers Aurillac avant de partir pour l’Aveyron en 1922.

En 1927, les T achètent une ferme sur Aurillac. Chaque année, il devra « monter à la montagne » du Ramberter, comme berger, du 25 mars au 25 septembre et il y assiste le vacher.

Le 2 novembre 1938, T est incorporé au 92ème RI de Clermont-Ferrand pour son service militaire. Comme il a son permis de conduire depuis 1936, le jeune soldat devient chauffeur à l’état-major en Alsace dès le début de la guerre. Après trois semaines passées en patrouille sure la ligne Maginot, il est au repos dans le Pas-de-Calais lors de l’attaque allemande sur Dunkerque Il dit : « quand on a été fait prisonnier on a tout de suite pensé que la guerre était finie ! ». Après le sauve qui peut ! » du capitaine et la dispersion dans les dunes. T monte dans un bateau pour partir vers l’Angleterre, mais les barrages de l’artillerie allemande l’incitent à regagner les dunes. Il évoque la fain : « on cherchait les boites vides, jetées par les Anglais dans le sable, afin de prendre avec le doigt la graisse qu’ils avaient laissés au fond. On buvait l’eau tombée dans les traces des sabots des chevaux » …. Et il est fait prisonnier ….

Une péniche emmène jusqu’à Düsseldorf les prisonniers qui n’ont ni nourriture, ni boisson, pendant trois jours. « On croyait qu’on allait à la mort ». Ils reçoivent, à l’arrivée, du riz cuit à l’au et vidé à la louche dans leurs mains : « c’était bon ! ».

T fabrique du savon et de la lessive à la chaîne dans l’usine Inkel de Düsseldorf. Alors qu’il est malade et ne pèse que quarante-deux kilogrammes : « Ich bin Krank » dit-il à ses gardiens : il est donc battu pour avoir refusé de travailler. Il est envoyé dans une usine fabriquant des plateaux pour les semi-remorques à Ratmingen. Très vite il prépare son évasion avec des amis de (Lourdes et du Havre). Une clé, qu’ils ont fabriquée et maintes fois limée pour ouvrir le portail, a du être abandonnée dans les WC lors d’une fouille. Un prêtre, oncle de son ami Lourdais, lui expédie un jour un colis dans lequel une lettre, cachée dans un bout de lard, les informait : « Ratmingen possède la plus grande gare d’Europe, et un train de charbon en part toutes les nuits pour la Suisse ; essayez de le prendre ».

Le 19 novembre 1941, après avoir pointé, à leur arrivée à l’usine, les trois amis sautent le mur, couvert de tessons de bouteille, et filent se cacher dans un bois, qu’ils ont repéré à l’avance sur une hauteur. A 23 heures, ils sont à la gare dont toutes les lumières sont éteintes. Ils cherchent, jusqu’à 5 heures, dans l’obscurité, le train de charbon. Ils vont rester 42 heures, cachés sous les plaques de ouille, avant que le train ne s’ébranle. Quelques heures plus tard, à la sortie d’un tunnel, les lumières de Bâle leur annonce qu’ils ont réussi : ils sont en Suisse. Mais des hommes portant des képis semblables à ceux des allemands s’avancent vers eux ; T, pris de panique, se précipite dans une fuite éperdue. Blessé aux poignets, il pleure longtemps avant de se décider et d’oser s’approcher d’une maison ; accueilli par un couple, on lui donne à boire et à manger, en attendant l’arrivée d’un policier qui le conduit au poste où il retrouve ses deux amis évadés avec lui ! Du 22 au 27 novembre les évadés sont gardés en cellule, avant d’être conduits à Annemasse, pendant une relève des allemands qui gardent la frontière. Revêtu « d’un costume Pétain kaki », muni de tickets de pain et d’un billet de chemin de fer, T, après dix huit mois passés en Allemagne, part enfin pour son pays natal : Le Cantal. Lorsqu’il arrive à la ferme familiale, le soir du 29 septembre, tout le monde dort … Il est enfin LIBRE et il a réussi son évasion.

Sur le petit agenda allemand qu’il a emporté avec lui et qu’il garde encore précieusement, figurent, jour après jour, quelques mots rappelant les courriers reçus et les épreuves endurées…

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