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4ème Témoignage

Témoignage d’un camarade de promo (école de Saint-Cyr) pour son ami : Le lieutenant O, d'Arpajon

Le Lieutenant O et l’attaque allemande sur le Maimont (Nasses Vosges en mai 1940)

Tout à fait par hasard, j’ai découvert, dans une revue d’histoire de l’Alsace du Nord consacrée aux actions à la frontière en 1940, le récit d’un très violent combat, mené contre des forces allemandes très supérieurs en hommes et en moyens.

Le Lieutenant O, à sa sortie de St-Cyr, avait été affecté au 18ème BCA et, chose curieuse, je l’avais revu en avril 1940 alors que son bataillon avait relevé le 7ème de la même division alpine.

Nous nous sommes rencontrés alors qu’il tenait un point d’appui, au sud d’Obersteinbach, martelé sans cesse par l’artillerie adverse, qui disposait de vues directes. J’étais alors au 1/365 RIF, dont je commandais le groupe franc, et je sillonnais le secteur en étroite liaison avec le groupe franc du 18ème BCA.

Au début du mois de mai, le Lieutenant O avait reçu la mission, particulièrement délicate, d’occuper un point d’appui, pratiquement à cheval sur la frontière du Palatinat. C’était un magnifique observatoire – le Maimont – où j’avais fait mes premières armes au début de septembre 1939. Le Maimont, couvert à l’est et au sud par deux autres points, tenus par les alpins, était fort d’une soixantaine d’hommes avec 5 FM et 2 mitrailleuses. Les chasseurs avaient très sérieusement aménagé leur défense (tranchées et abris solides, barbelés doublés etc … )

Dans la nuit du 12 au 13 mai, les allemands entreprennent l’encerclement du point d’appui du Lieutenant O, mais très rapidement l’artillerie française se déchaîne, faisant subir à l’assaillant de très sévères pertes. Dans le même temps, les allemands qui disposent de Stosstruppen et de Génie, portent leur effort sur le PA à l’est de Maimont qui va tomber en dépit d’une résistance acharnée.

L’objectif de l’ennemi est d’isoler le Lieutenant O, et de s’opposer à toute intervention visant à le dégager. Très rapidement l’étau de resserre, à cause d’un relief singulièrement accidenté. A 5h30, les occupants du PA sont surpris d’entendre au mégaphone :" Français rendez-vous, vous êtes encerclés ". Peu après, l’artillerie allemande déclenche des tirs nourris sur le point d’appui. L’attaque pourtant ne se produit pas. Les allemands ne semblent pas encore en place, mais très rapidement fantassins et sapeurs s’approchent des barbelés pour les faire sauter. Les pièces du Lieutenant O entrent alors toutes en action, ralentissant l’arrivée des renforts ennemis, soumis à des très violents tirs de 75.

D’après les témoignages allemands, les officiers qui dirigent l’attaque soulignent l’efficacité des tirs français. L’assaillant hésite. La garnison a avancé sa défense au plus près des barbelés extérieurs. La première attaque échoue, mais peu après une nouvelle tentative, appuyée par des canons antichars et couverts par l'artillerie lourde (150), est lancée. Elle aussi, vouée à l’échec, comme la première. Les Allemands se replient sur leurs positions de départ et, à 13 heures, reprennent leur action. Sans résultats, les tirs de l'artillerie française sont toujours aussi efficaces ; mais alors l'artillerie allemande redouble de violence et écrase le PA et ses accès pendant plus de 2 heures. Le Lieutenant O se rend compte qu'aucune contre-attaque de dégagement ne parviendra à rompre son encerclement : il faut tenir. Vers 17 heures, une nouvelle attaque, d'une extrême violence, est encore repoussée. Les munitions se raréfient malgré une stricte économie. Vers 18 heures, l’ennemi lance sa dernière attaque. Les troupes de choc arrivent jusqu'aux abords immédiats des abris français, après avoir progressé mètre par mètre, en subissant de très fortes pertes. Malheureusement, les munitions sont épuisées : les armes sont donc inutilisables. Les Allemands arrivent, avec à leur tête un officier, surpris de voir les soldats français en si petit nombre, s’étant opposés si farouchement à leur action depuis le matin. Ils les rassemblent et le Lieutenant O est séparé de ses hommes ; il est félicité pour sa défense héroïque. Les Allemands ont perdu plus de 100 hommes. Les Français n'ont eu qu'un tué et quelques blessés.

Le Maimont a failli ne pas être pris. Devant les pertes subies, un ordre du général allemand, commandant la 262ème DI, ordonnant à ses troupes l'arrêt des attaques, avait été transmis aux unités, mais elles ne le reçurent qu’après la fin des combats.

Alerté, très tôt, alors que je me trouvais depuis la veille au repos à Reichshoffen, à près de 20 km de là, c’est à marches forcées que je rejoignis les unités prévues pour tenter une opération de "dés encerclement" de la troupe du Lieutenant O. Cette opération, compte tenu de l’importance des forces allemandes et de la densité de leur soutien d’artillerie, ne put être menée à terme : le commandement ayant jugé qu’elle présentait des risques inconsidérés.

La prise de Maimont était certes une victoire allemande mais très chèrement payée. Le 15 mai, Radio Stuttgart diffusait un communiqué qui insistait sur la nécessité de quatre assauts successifs pour enlever cette position, et soulignait l’intensité des tirs de l’artillerie française. Des documents allemands ont fait état de la participation de 6 compagnies d’infanterie et de chasseurs, ainsi que de pionniers pendant un combat de 15 heures.

Le Lieutenant O sera cité à l’ordre du corps d’Armée dans les termes suivant :

"Jeune officier qui à montré au cours de la campagne de remarquables qualités militaires ; commandant un point d’appui, attaqué le 13 mai 1940 par des forces importantes, a opposé à l’ennemi, pendant 15 heures de combats incessants, une résistance farouche ; n’a succombé qu’après avoir tiré ses dernières cartouches et lancé ses dernières grenades. A suscité, par son courage, l’admiration même de ses assaillants qui lui ont décerné un hommage dans un communiqué spécial."

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