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Les 40 ans suite

Les pionners de l´association

II ne reste que 3 survivants parmi les fondateurs qui, au début de 1945, créèrent notre Association. Les disparus : Frédéric Bastide, Fernand Serre, Paul Létang sont toujours présents dans nos mémoires. Mais nous avons pensé que tous nos lecteurs seraient heureux de connaître les souvenirs des pionniers que sont : Paul Piales, ancien sénateur-maire d'Aurillac. Président d'honneur de l'Association ; Antoine Benoît, évadé, qui va publier un ouvrage dont nous parlerons bientôt ; Jacques Madelpuech, évadé et Président de «ceux de Rawa», auteur des «Chaînes brisées».

12 JUIN 1945 : Naissance de l'association des Combattants Prisonniers de Guerre du Cantal

L'Association des Combattants Prisonniers de Guerre du Cantal a vu le jour, sous la forme d'une Association, régie par la loi du 1er juillet 1901, le 12 juin 1945.

Ben sûr, il existait déjà, depuis longtemps, par la volonté et l'action des Prisonniers de Guerre rapatriés par la relève (malades, Anciens Combattants 1914-1918, veufs, pères de famille nombreuse, cultivateurs...) et des évadés, qui avaient réussi à regagner la France par leurs propres moyens, deux types d'organisations : les Centres d'entraide qui avaient l'appui et l'aide du Gouvernement de Vichy, et les Sections locales du M.N.P.D.G., qui était un Mouvement de résistance clandestin, composé essentiellement d'évadés de guerre.

Vers le début de février 1945, alors que les «carottes étaient pratiquement cuites» pour Adolf Hitler, sa bande d'assassins et les Nazis de tous bords et de toutes nationalités, les responsables de ces deux organisations d'Anciens Prisonniers de Guerre décidèrent, d'un commun accord, de tenir un Congrès national ; Congrès qui s'est réuni à la Maison de la Chimie, rue Blanche, dans le 9eme arrondissement de Paris, (Rappelons ici que Paris avait été libéré du 19 août au 25 août 1944, grâce à l'insurrection du peuple de Paris appuyé par les F.F.I. et bientôt, fort heureusement, par les chars d'assaut de la Division blindée que commandait le Général Leclerc).

Aprés des débats souvent très animés et parfois assez vifs, le Congrès consacra, par un vote unanime, la fusion des Centres d'entraide et du M.N.P.D.G., fusion qui fut à l'origine de la Fédération nationale des Prisonniers de Guerre. Bien évidemment, en cette journée mémorable, la pensée de tous les participants était tournée vers leurs nombreux camarades, toujours prisonniers de guerre en Allemagne. Au-dessus de l'estrade, une banderole blanche portait cette phrase éloquente : «Etes-vous prêts à les accueillir ?». A la tribune siégeaient les organisateurs (dont le Président Devaux) et le Ministre des Prisonniers de Guerre Henri Fresnay, ancien capitaine d'active, invité à ce premier Congrès. Dans la salle se pressaient les délégués départementaux (Frédéric Bastide et Jacques Madelpuech représentaient le Cantal). Une intervention fut particulièrement applaudie, pour sa logique et sa brillante éloquence, celle d'un jeune avocat stagiaire de 28 ans, Ancien Prisonnier, ayant réussi «la belle» à sa deuxième tentative d'évasion, François Mitterrand qui, déjà membre du M.N.P.D.G., devait par la suite, en 1981,être élevé - grâce à un vote favorable des citoyens français - à la plus haute charge de la République.

Après ce Congrès national, qui avait connu un succès éclatant et permis des retrouvailles émouvantes et fraternelles, les délégués retournèrent dans leur département pour organiser, avec leurs camarades, des Bureaux provisoires, leur Association départementale, et élaborer les statuts qui en seraient la base. Le dépôt de ces statuts approuvés à l'unanimité par l'Assemblée générale constitutive, eut lieu le 12 juin 1945 à la Préfecture du Cantal, sur l'initiative de 7 camarades dont les noms suivent : Frédéric Bastide, Antoine Benoît, Paul Piales, Fernand Serres, Jacques Madelpuech, René Guillaume et Létang Paul. IL est légitime de rendre un hommage tout particulier aux Présidents successifs de l'Association qui jouèrent, dès le début, un rôle prépondérant : nos amis Paul Piales, Président fondateur, Fernand Serres (évadé) et Frédéric Bastide ; ces deux derniers, hélas ! sont décédés, mais nous devons garder pieusement le souvenir et le sens de leur générosité et de leur dévouement

Voici donc évoquée, aussi bien que ma mémoire a pu me le permettre, l'histoire de la fondation de l'Association des Combattants Prisonniers de Guerre du Cantal et, partant, de la Fédération nationale des A.C.P.G., auxquelles je vous convie d'être toujours fidèles, leur existence me paraissant aussi utile et noble qu'à leur fondation pour conserver et pérenniser les valeurs morales acquises dans l'adversité et garder le souvenir des camarades prématurément disparus.

Au départ, leurs buts essentiels étaient d'abord d'assurer, à leur retour, l'accueil des soldats toujours prisonniers et d'aider à leur réinsertion dans la vie civile. ( Hélas ! bien des drames de toutes natures s'étaient noués depuis les tragiques mois de mai et juin 1940) et ensuite de conserver l'esprit de solidarité né dans la misère des camps et de respect mutuel des autres, quelles que soient leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses et leur témoigner, malgré tout et toujours, sa constante amitié.

Sans doute est-ce là un idéal difficile à atteindre. Mais serait-ce un idéal s'il pouvait être atteint ? Pourtant, puissent ces vertus, qui devraient être de tous les temps et pratiquées par tous les hommes, être transmises aux générations montantes et se substituer aux éclats de voix et aux outrances dont les politiciens professionnels donnent trop souvent l'exemple ...

Jacques MADELPUECH

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