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3ème Témoignage

Mr S. L. (décédé en 2010) fut un des derniers survivant de la rafle des 114 Muratais

Le 24 juin 1944, Il fait parti, avec 114 autres Muratais âgées de 16 à 50 ans, de la rafle que les allemands organisent à Murat, pour se venger des actes de résistants locaux, le 12 juin précédent qui avaient tués une dizaine d’allemand, dont un Kaumandeur SS de Vichy, K. Geissler.

Dirigés sur Saint-Flour puis sur Clermont-Ferrand, où ils restent une vingtaine de jours, ils vont être emmenés, par cars, sur Compiègne. Pendant ce trajet, Mr L. arrive à écrire, sur un morceau de papier un courrier pour ses parents et à le leur faire parvenir.

«Bien chers parents,

«Nous sommes en ce moment en train de rouler sur Compiègne par la route. J’ai pour compagnon de chaîne Mr Defert, derrière moi Jojo Chapuis et Joseph Collier. Il y a à peu près tous les gars de Murat, sauf je crois Mr. Le Maire et Robert Meyniel.

Nous sommes à la menotte deux par deux. Mais, mes chers parents (nous traversons Nevers), si nos vies ont été quelques jours en grave danger, cela est fini. Maintenant je puis complètement vous rassurer à ce sujet, aussi le moral général est très bon. Quand à moi je suis très gonflé, nous avons pu avoir les dernières bonnes nouvelles, aussi nous partons avec l’espoir d’être bientôt de retour.

Peut-être y laisserons-nous quelques kilos mais cela ne fait rien, nous aurons, après le temps de le rattraper.

Donc mes chers parents, n’ayez aucun souci ! Je serais encore plus fort et plus confiant en l’avenir si je sais que vous ne vous faites pas de souci, t’as bien compris maman ! Je crois que nous n’irons pas plus loin que Compiègne où nous serons, et nous le sommes déjà, considérés comme prisonniers de guerre, et non comme otages.

Soignez moi bien les piafs, surtout l’étourneau, c’est un souvenir pour moi, j’y tiens beaucoup. Mr Defert demande que l’on ne fasse pas parvenir chez lui qu’il est prisonnier. Donc courage et surtout patience et confiance, la libération est proche !
Signé : Serge. »

Le 15 juillet, ils sont entassés dans des wagons SNCF, pour un voyage de 3 jours et 3 nuits qui se termine à NEUENGAMME où ils s’installent dans le camp de concentration, sous la surveillance de « Kapos » et de soldats SS. Ils constituent une équipe de 6 (Muratais) et sont chargés de déterrer et neutraliser des bombes. Il est témoin de nombreux incidents dont furent victimes beaucoup de camarades prisonniers. L. quitte ce camp pour être dirigé sur Breme, où il travaille à la construction d’une base sous-marine; les traitements qu’il subit sont pires que le bagne et il risque de nombreuses fois la vie

De retour à NEUENGAMME, il va passer 2 mois de «bonne vie» en se faisant passer pour diphtérique. Considéré comme incurable, il va être transféré vers un soi-disant camp de repos. En réalité, il arrive à BERGEN BELSEN qui est un camp d’extermination, géré par les SS, où sa vie est insoutenable. Ils souffrent de la faim, du typhus, ainsi de nombreux camarades meurent sous ses yeux – lui-même est atteint du typhus et ne mange pratiquement plus. Il pense sa dernière heure arrivée.

Mais des bruits courent : les anglais sont près de Hanovre. Début avril des bruits de mitrailleuses sont entendus autour du camp, se rapprochent, s’éloignent …

Puis le 15 avril un convoi militaire Anglais arrive au camp «plusieurs fois je me palpe pour savoir si je ne rêve pas … Nous restons là, fascinés, par ces véhicules ornés d’étoiles de la liberté ! ... J’ai l’impression de sortir des enfers ! ... Dans les grabats, beaucoup de camarades, rongés par la souffrance, meurent encore, mais cette fois le visage souriant, satisfaits de voir leur ennemi vaincu, cet ennemi bestial et sanguinaire … »

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