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2ème Témoignage

Mr D. fut PG en FRANCE du 16 juin 1940 au 03 septembre 1940

16Juin 1940: Capture à Mennecy, puis acheminement via Corbeille au camp de DRANCY.

Juillet: joie à l’infirmerie ! (dysenterie)

Août: un grand espoir ... direction le Bourget....

Le 3 septembre 1940 départ du camp et embarquement à la gare du Bourget: "un voyage surprise" de 4 jours par Troyes - Toul - Verdun - Luxembourg

KGF en Allemagne et Tchécoslovaquie du 7 septembre 1940 au 9mai 1945...

Coblentz, Nuremberg et arrivé le 7 septembre 1940 au camp de Grafenwohr/weid en Bavière...

Formalités longues et diverses: photos, immatriculation, constitution de commandos...etc... Désormais je suis, en Deutschland, le Gefangenummer n° 1369 du Stamenlager XIII B, membre de l'A.K. 3928

Le 12 septembre 1940: départ du camp, car un groupe important de KGF arrive le lendemain.

Le 13 septembre 1940: arrivée à Podersam (Bohême) (PODBORANY)

Installation dans une ancienne fabrique de porcelaine, sanitaires inexistants, travail fastidieux et pénible construction d’une autoroute (wagonnets à pousser toute la journée); au cours de l’hiver 40/41, particulièrement rigoureux, déneigement des routes (départ au point du jour et retour à la nuit); autre occupation: séance d’épouillage tous les soirs; alimentation insuffisante; nécessité d’effectuer des corvées chez les paysans, le dimanche, pour bénéficier d’un casse-croûte !!! mauvais état physique et moral...

Le 3 juin 1941: Satisfaction de quitter Podersam... 12 prisonniers arrivent à Sellovitz (Selibice) près de Saaz (Zatec); le burgmaster, Herr Schmidl, fait aussitôt la répartition. Pour son compte il en garde 6 prisonniers

Je fais partie de l’équipe retenue. Nous subissons un contrôle des capacités: les spécialistes de la faux et de la conduite des bœufs et chevaux sont classés !

Avec la plupart des membres du k° je participerai surtout aux travaux des champs sarclage et arrachage des betteraves à sucre, fenaison ramassage des pommes de terre, entretien des houblonnières et récolte du houblon (production trés importante), moisson et battage en grange l’hiver etc… Nos rapports avec l’employeur sont bons, la nourriture à la ferme est très convenable (menu amélioré les dimanches) la sentinelle, toujours en arme, est à nos côtés le jour et la nuit.

Nous dormons dans une maisonnette vétuste située à l’extrémité du village. Ce petit Bâtiment entouré de barbelés comporte une pièce éclairée par une fenêtre avec des paillasses sur deux niveaux et une chambre destinée au gardien.

Une très fâcheuse histoire: un matin de Septembre, X, L’homme fort du commandot est chargé d’aller accrocher les tiges de houblon tombés au sol après une nuit de grand vent. Le frère de Herr Schmild enseignant dans une localité voisine, prend en charge le petit groupe désigné. Le travail se déroule normalement, X muni de l’indispensable gaule accroche à 4 m les plans que je lui présente successivement. L’exercice est pénible, l’exécutant fait de son mieux. Selon l’habitude que nous connaissons bien, le surveillant occasionnel ne tarde pas à manifester par quelques observations un certain mécontentement. Très calme X continue à la cadence habituelle, prend même le temps de bourrer sa pipe, prélude à une courte pause. C’est alors qu’un flot d’injures haineuses s’adresse aux "géfangennen". Ecœuré par la litanie "cheleue" mon camarade lance rageusement la gaule en direction du critiqueur malveillant récupère sa veste et sans dire un mot quitte le chantier pour se diriger vers le bourg. Témoin de l’incident, je reste muet et une crainte m’envahit: que va-t-il se passer? ... A midi, de retour au camp, un Feldwebel de Saaz est déjà là pour régler "l’abandon de poste"; s’adressant à nous tous il profère, en français correct, des menaces terribles... X quittera le commandot et sera conduit pour un séjour provisoire à la kommandature..................... Le départ d’un camarade, juste et bon, que je connaissais bien depuis Drancy, m’attriste énormément. Désormais la captivité sera bien plus amère pour moi.

1942 Nouvelle année et perspective du programme d’activités connues; du nouveau cependant j’ai la charge de m’occuper de 2 jeunes bœufs (dressage et soins) constituant un deuxième attelage pour divers charrois; heureusement qu’une remise à jour de notre effectif m’adjoindra l’aide efficace d’un ami de Troyes. Avant l’hiver l’expérience agricole prend fin. Le 2 décembre 1942, je suis affecté au k°3728 à Merétitz comme manœuvre dans une fabrique de machines à bois. J'ai la chance d'assister, pour noël 42, à un vrai spectacle préparé par des artistes français et belges que je retrouverais par la suite à l’atelier de fabrication des grandes scies circulaires à ruban et des toupies sur tables en fonte. Adaptation lente à une nouvelle vie dans un camp où les prisonniers pullulent ainsi que... les punaises. Angoisse de la maladie: en effet les collègues russes, nos voisins, subissent une épidémie de typhus; travail dans la poussière de fonte, horaires précis (horloge de pointage), regret d’avoir perdu mon compagnon de route et le petit groupe de Sellovitz; et une quasi liberté surveillée au grand air. Vers le mois d’avril, je suis désigné pour subir avec plusieurs camarades une formation accélérée en vue de l’utilisation des machines outils. Pendant plusieurs semaines d’école, sous la direction d’un civil très exigeant, je découvre le fonctionnement et les divers usages du tour parallèle et l’ensemble des instruments de mesure de précision: pied à coulisse, palmer, calibres. Ce travail manuel arrive à m’intéresser et je trouve que le temps s’écoule plus vite. Nantis de connaissances plus théoriques que pratiques, nous revenons dans le hall de production. Pour certains, c’est le baptême du feu; ils font leur début à une machine. Pris en charge par un groupe de prisonniers spécialistes tourneurs, fraiseurs, je suis chargé d’aller chercher les divers outils dont ils ont besoin au magasin, et de les approvisionner en pièces brutes; en outre je dois nettoyer machines et atelier, le samedi.

Suite du 2ème témoignage
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